La Banque des règlements internationaux a durci sa position sur les stablecoins le 20 avril : le directeur général Pablo Hernandez de Cos a qualifié la coopération mondiale de « critique » et a mis en garde contre des ruées susceptibles de se propager aux marchés obligataires, contre des jetons indexés sur le dollar qui accélèrent la dollarisation dans les économies en développement, et contre des règles fragmentées que les entreprises privées peuvent arbitrer d'un pays à l'autre. C'est bien le langage du risque systémique, un cran au-delà du cadre de protection de l'investisseur qui dominait les débats précédents.
L'USDT de Tether et l'USDC de Circle représentent environ 85 % des 315 milliards de dollars de stablecoins actuellement en circulation. La recherche de Citi d'avril 2026 projette une émission à 1 900 milliards de dollars d'ici 2030 dans son scénario de base, avec 4 000 milliards possibles dans des scénarios d'adoption plus élevés, des chiffres qui façonnent désormais activement les horizons de planification des banques centrales.
Pourquoi c'est important
La question n'est pas de savoir si la parité à 1 dollar tient. La crainte plus profonde est ce que les stablecoins font au système bancaire à mesure qu'ils se développent : les dépôts migrent vers des portefeuilles privés, les banques perdent la base de financement de leurs prêts, et les paiements se règlent sur des rails tokenisés qui les contournent entièrement. La BCE a modélisé ce que 2 000 milliards de dollars de stablecoins impliqueraient pour la stabilité financière européenne et a conclu que le secteur devient un canal de transmission direct du stress financier américain vers les banques européennes.
Le lobby bancaire américain a estimé que les stablecoins pourraient extraire environ 500 milliards de dollars de dépôts d'ici 2028, tandis que Standard Chartered chiffre à 1 000 milliards de dollars les pertes de dépôts potentiels pour les banques des marchés émergents. La note de la Fed de mars 2026 a ajouté un élément supplémentaire : un secteur des stablecoins suffisamment vaste pour fonctionner en dehors du système bancaire peut émousser la transmission de la politique monétaire à l'économie réelle, car les outils de la Fed passent par les banques.
Impact sur les marchés
Les décideurs européens mènent simultanément deux politiques contradictoires. Le ministre français des Finances Roland Lescure a soutenu Qivalis, un stablecoin en euro adossé par ING, UniCredit et BNP Paribas, qualifiant le volume en euro de « non satisfaisant », tandis que Denis Beau, premier sous-gouverneur de la Banque de France, plaide pour des restrictions MiCA plus strictes sur les stablecoins non libellés en euro dans les paiements quotidiens. La contradiction — vouloir l'efficacité de la monnaie tokenisée tout en rejetant son contrôle par des acteurs privés — reste non résolue.
La grille de lecture du FMI capture la menace structurelle : les stablecoins comme le prolongement numérique du système du dollar, étendant la domination américaine plus vite et plus directement que le système eurodollar ne l'a jamais fait, via des entreprises privées plutôt que des institutions étatiques.
Questions fréquemment posées
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Qu'a dit la BRI sur les stablecoins le 20 avril ?
Le directeur général de la BRI, Pablo Hernandez de Cos, a qualifié la coopération mondiale sur les stablecoins de « critique » et a mis en garde contre des ruées susceptibles de déclencher un stress de marché, des jetons indexés sur le dollar qui accélèrent la dollarisation dans les économies en développement, et des…
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Quelle est la taille actuelle du marché des stablecoins ?
Environ 315 milliards de dollars de stablecoins sont actuellement en circulation, l'USDT de Tether et l'USDC de Circle représentant ensemble environ 85 % de ce total.
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Que prévoit Citi pour la croissance des stablecoins d'ici 2030 ?
La recherche de Citi d'avril 2026 projette des émissions de stablecoins à 1 900 milliards de dollars d'ici 2030 dans son scénario de base, avec 4 000 milliards possibles dans des scénarios d'adoption plus élevée.
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Combien de dépôts bancaires pourraient basculer vers les stablecoins ?
Le lobby bancaire américain estime que les stablecoins pourraient extraire environ 500 milliards de dollars de dépôts d'ici 2028, tandis que Standard Chartered chiffre à 1 000 milliards de dollars les pertes potentielles pour les banques des marchés émergents.
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Quelle est la contradiction politique en Europe sur les stablecoins ?
Le ministre français des Finances Roland Lescure a soutenu le stablecoin en euro Qivalis, porté par ING, UniCredit et BNP Paribas, tandis que Denis Beau, premier sous-gouverneur de la Banque de France, pousse simultanément pour des restrictions MiCA plus strictes sur les stablecoins non libellés en euro utilisés dans…