Les ministres des Finances de l'UE réunis à Nicosia jeudi ont rejeté les deux leviers politiques proposés par Bruegel pour rendre les stablecoins en euros compétitifs : un assouplissement des exigences de liquidité MiCA et l'accès au filet de sécurité des banques centrales pour les émetteurs. La décision préserve la ligne plus ferme de la présidente de la BCE Christine Lagarde, même si les données issues de la même réunion montrent que les Européens effectuent 38 % des transactions mondiales de stablecoins, tandis que les jetons libellés en euros ne représentent que 0,3 % de l'offre totale.
L'objection de Lagarde est structurelle. Elle a averti qu'une montée en puissance des stablecoins en euros pourrait retirer des dépôts des banques de la zone euro, réduire la base de crédit à travers laquelle transitent les décisions de taux de la BCE, et à terme affaiblir la maîtrise de la politique monétaire par la banque centrale. La modélisation de scénarios de la BCE de novembre 2025 a simulé un marché de stablecoins de 2 000 milliards de dollars et conclu qu'à cette échelle, les jetons adossés au dollar fonctionneraient comme un canal direct de transmission des tensions financières américaines vers les prêteurs européens.
Why it matters
Près de 98 % des stablecoins en circulation sont libellés en dollars américains, et le GENIUS Act, adopté en juillet 2025, a verrouillé cette dominance en exigeant une couverture 1:1 par des actifs libellés en dollars de haute qualité. Le cadre a été explicitement conçu pour étendre la suprématie du dollar à la couche des paiements numériques, et Lagarde a publiquement noté que les stablecoins en dollars porteurs d'intérêts transforment de fait leurs détenteurs en investisseurs indirects en bons du Trésor américain. La crainte est que les citoyens et les entreprises d'Asie du Sud-Est, d'Amérique latine et d'Afrique subsaharienne — et à terme en Europe même — se tournent vers le dollar numérique par commodité, laissant l'euro de côté comme monnaie de paiement même s'il survit comme monnaie de réserve.
L'alternative privilégiée par la BCE est un euro numérique d'ici 2029, fonctionnant sur le rail de règlement de gros Pontes de l'Eurosystème et adossé à la monnaie de banque centrale. Le président de la Bundesbank Joachim Nagel a rompu les rangs en février en soutenant les stablecoins en euros, exposant une fracture réelle entre ceux qui voient la monnaie numérique privée comme une innovation de paiement gérable et ceux qui la traitent comme une menace structurelle pour le cadre monétaire. Pour l'heure, le camp Lagarde l'emporte dans le débat institutionnel.
Pourquoi c'est important
Questions fréquemment posées
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Qu'ont réellement décidé les ministres des Finances de l'UE à Nicosia ?
Les ministres ont rejeté les deux principales propositions du think tank bruxellois Bruegel : assouplir les exigences strictes de liquidité de MiCA pour les émetteurs de stablecoins en euros, et accorder à ces émetteurs l'accès au financement du filet de sécurité de la BCE. La ligne plus prudente de la présidente de…
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Pourquoi la BCE est-elle opposée aux stablecoins en euros ?
Lagarde a averti qu'une montée en puissance des stablecoins en euros pourrait retirer des dépôts des banques de la zone euro, réduire la base de crédit et affaiblir la capacité de la BCE à transmettre ses décisions de taux à l'économie réelle. La modélisation de scénarios de la BCE de novembre 2025 a aussi conclu…
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Quel est l'écart entre les stablecoins en euros et en dollars ?
Les stablecoins libellés en euros détiennent environ 0,3 % de l'offre totale de stablecoins, tandis que les Européens effectuent environ 38 % des transactions mondiales. Les stablecoins en dollars représentent environ 98 % de l'offre totale, une position que le GENIUS Act américain de juillet 2025 a codifiée dans la…
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Quelqu'un en Europe conteste-t-il la position de la BCE ?
Oui. Le président de la Bundesbank Joachim Nagel a publiquement soutenu les stablecoins en euros en février, se rangeant à l'opposé de Lagarde. Le consortium Qivalis, une coentreprise basée aux Pays-Bas réunissant 37 banques dans 15 pays dont BNP Paribas, ING, UniCredit et Intesa Sanpaolo, cherche également à obtenir…
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Quelle est l'alternative de la BCE aux stablecoins privés en euros ?
La BCE vise un euro numérique d'ici 2029, construit sur le rail de règlement de gros Pontes de l'Eurosystème, conçu pour que l'avenir monétaire numérique de l'Europe s'appuie sur une infrastructure adossée à la banque centrale plutôt que sur des jetons émis par des acteurs privés.